Les conséquences de l’EHS
Les symptômes nécessitent des mesures d’éviction très handicapantes qui entrainent pour de nombreuses personnes une succession de pertes et d’exclusion :
----------• Perte de travail, perte de revenus
----------• Perte de repères sociaux
----------• Perte des amis qui ne comprennent pas
----------• Perte d’accès au logement
----------• Perte d’accès aux moyens de communication
----------• Perte d’accès aux soins
----------• Perte d’accès à tous lieux fréquentés (Villes, transports en communs, lieux de loisirs etc.)
----------• Perte d’identité
Ce retrait à tous les niveaux est un facteur de différenciation et d’isolement social extrême et forcé, accentué par l’absence de reconnaissance du syndrome.
La prise en charge de ces personnes est très complexe pour tous les acteurs institutionnels et médico-sociaux qui méconnaissent le sujet ou n’ont pas ou peu de solutions.

Pyramide des besoins selon l'interprétation de la théorie de la motivation du psychologue Abraham Maslow.
FIN DE VIE, L'AGONIE SILENCIEUSE DES PERSONNES EHS : LE PARCOURS TRAGIQUE DE VIRGINIE
Lettre ouverte aux acteurs institutionnels, associatifs et professionnels
Comprendre les enjeux de l’accompagnement des personnes EHS/MCS - Nov 2025
Madame, Monsieur
Madame Virginie JURDIC, personne électro et chimico hyper sensible (EHS/MCS) est décédée le 24 juillet 2025 au centre hospitalier de Montbrison. Elle souffrait d’un syndrome d’intolérance aux champs électro magnétiques (SICEM) accompagné d’une intolérance aux produits chimiques (MCS). Depuis 2019, elle développait par ailleurs une maladie très grave qui lui a permis d’êtrereconnue comme étant en situation de handicap par la Maison Loire Autonomie (MDPH de la Loire). Son parcours de vie reflète la situation des personnes électro et chimico hypersensibles.
A droite son auto-portrait.
En sa mémoire et pour toutes les personnes dans sa situation, nous nous devons d’alerter les pouvoirs publics, les professionnels du soin et services d’aide à la personne pour une réelle prise en compte de leur situation de souffrance et d’isolement.
Nous commencerons par reprendre le parcours de vie de Virginie, véritable « parcours du combattant » pour assurer sa survie et rompre son isolement de personnes EHS.
Virginie a un peu plus de trente ans dans les années 2010 et vit avec sa fille à Givors où elle exerce son activité de potière, donne des cours dans différentes écoles, associations. Son appartement est à proximité de dizaines d'antennes relais et d'une ligne de chemin de fer. Elle doit se réfugier à la cave pour échapper aux douleurs ressenties dans cet environnement très pollué en ondes électro-magnétiques. Elle arrive enfin à déménager. En 2014, elle est licenciée car elle ne peut plus assurer ses cours.
Elle s'installe dans un village de la Loire dans un lieu qu'elle pense moins exposé aux CEM. Elle se bat, dépose un dossier de demande de logement adapté à son état de santé de personne EHS, signale sa situation à plusieurs députés et sénateurs de la Loire, à Madame la préfète et Monsieur le sous-préfet, ainsi qu'au Défenseur des Droits... Tout cela reste sans réponses adaptées ou « lettre morte », lui renvoyant que l’EHS n’a pas de reconnaissance officielle en France malgré les études et recommandations de divers organismes internationaux (OMS, Conseil de l’Europe …) pour protéger les personnes atteintes.
Son EHS l’amène à abandonner ce village à la recherche d’un lieu encore plus abrité. Elle garde cependant son appartement pour sa fille lycéenne,
En 2016, elle finit par trouver abri dans un hameau où elle est accueillie à titre gratuit sur un terrain à 200 mètres du hameau, un des rares lieux jusque-là préservés des champs électromagnétiques hautes et basses fréquences.
Avec l'accord des propriétaires et de la municipalité Virginie construit un habitat léger (petit chalet), sans eau ni électricité.
De graves problèmes de santé apparaissent en lien avec son exposition antérieure aux CEM qui conduisent Virginie à stopper définitivement toute activité professionnelle.
Elle dépose un dossier auprès de la Maison Loire Autonomie en 2015 demandant l’Allocation Adulte Handicapée (AAH) en raison du diagnostic d'EHS posé par deux médecins dont le Professeur Belpomme, spécialiste de cette maladie environnementale. Mais elle est déboutée malgré ses recours allant jusqu’à la Cour Nationale de l’Incapacité et de l’Assurance des Accidents du Travail. Par contre, la Maison Loire Autonomie lui accordera l’AAH pour sa pathologie de tumeur cérébrale en janvier 2020.
A propos de cette tumeur, Le professeur Belpomme évoque dans une lettre de 2019 « la possibilité d'une gliose cérébrale réactionnelle » qu'il relie à l'exposition aux champs électro magnétiques (CEM).
En 2018 un projet d’antennes relais menace le lieu de vie de Virginie et de sa voisine, elle aussi EHS. Le Collectif Citoyen Sail Santé Environnement se mobilise et entreprend de nombreuses démarches auprès des mairies et opérateurs concernés. Se met alors en place une Instance Départementale de Concertation à la préfecture de la Loire le 24 septembre 2021. Malgré tout cela, deux antennes relais sont construites à l’automne 2022 couvrant la zone protégée où vivait Virginie.
Aucune solution de relogement n’est proposée. Acculée et ne pouvant plus vivre dans son chalet, Virginie se réfugie dans les bois, fuyant les antennes relais. Elle vit un hiver – avec de la neige – dans une caravane sans chauffage.
Epuisée, avec un état de santé très détérioré, elle est hospitalisée deux mois en service d'oncologie en février 2023. Elle reste en convalescence en SSR jusqu’en juillet et, faute de mieux, réintègre son premier appartement, en plein cœur du village.
Quelques aménagements (extinction des lampadaires, rampes, barres d’appui…) sont effectués par la commune pour permettre un retour à domicile dans des conditions supportables. Des financements sont trouvés auprès d'associations et de la Maison Loire Autonomie qui lui permettent, avec l'aide de quelques ami.e.s, d'aménager partiellement et en urgence son appartement pour qu'elle soit moins exposée aux champs électro magnétiques (tissus anti ondes, voilages, aménagement du réseau électrique). Ces aménagements, loin d'être satisfaisants pour sa santé, lui ont permis de rester en contact avec ses proches et de poursuivre ses soins médicaux.
Elle bénéficie de services de maintien à domicile : kinésithérapie, infirmiers et aides à domicile, comme préconisés dans son plan de compensation du handicap. Cependant, le manque de prise en compte de son électro et chimico sensibilité a créé des difficultés dans son accompagnement au quotidien, jusqu’à la rupture parfois.
Nous avons pu constater que si les professionnels de santé et d’aide à la personne sont effectivement intervenus à domicile, les règles à appliquer pour la prise en charge d’une personne électro et chimico sensible ne l’ont pas toujours été. Notamment, celles incontournables concernant l'interdiction de l'utilisation des téléphones portables de parfums et autres produits à composants chimiques ont été appliquées de manière très aléatoire. Cela dépendait plus du bon vouloir des intervenants que d’un protocole strict.
Son état de santé se dégradant, Virginie est hospitalisée fin juin 2025. Les conditions de son hospitalisation sont totalement inadaptées à son état de personnes EHS/MCS. La chambre où elle est hospitalisée est saturée par les ondes et les composants chimiques des produits de désinfection. Elle est installée sur un lit médicalisé électrifié, maintenant en permanence son corps sous tension électrique alors qu'elle est intolérante aux champs électriques de basses fréquences.
Virginie décède un mois plus tard. Elle n'est pas la première personne EHS du département de la Loire à décéder de manière dramatique.
Le vécu douloureux de Virginie ne doit pas rester sans écho car il témoigne des difficultés extrêmes des personnes EHS/MCS dans tous les domaines qui, en raison de l'absence de réponses à leurs besoins primordiaux, sont réduites à l'isolement et à la marginalisation.
Concernant ce qui a cruellement fait défaut à Virginie, nous rejoignons les propositions basiques formulées par les associations engagées aux côtés des personnes EHS/MCS :
- La reconnaissance de l'EHS/MCS comme affection environnementale invalidante.
- L'accès aux soins, à l'hospitalisation, aux services de maintien à domicile ainsi qu’à l’emploi, dans des conditions compatibles avec leur situation de handicap.
- La préservation d'espaces et de logement protégés des champs électromagnétiques et des polluants chimiques afin de leur garantir la possibilité de vivre d'une manière digne et de sortir de l'isolement et de la marginalisation.
- L’information et la formation des personnels de soins et de l’aide à la personne concernant ce handicap.
Nous osons espérer une prise de conscience à la hauteur de ces enjeux de discrimination et d'exclusion qui font entrer les personnes atteintes d 'EHS et de MCS dans des zones de non droit.
Fait à Sail sous Couzan, le 26novembre 2025
Pour le Collectif Santé Sail Environnement,
Catherine FANGET, Danièle LECHENARD, Catherine PLUMET, Jocelyne ROUX-LEVRAT
TEMOIGNAGE D'UNE PERSONNE ELECTROHYPERSENSIBLE PSYCHOLOGUE
Les conséquences de l’EHS et ou MCS selon le degré de gravité sont souvent dramatiques, les personnes sont en souffrance physique et en grande détresse psychique : en rupture sociale, familiale et professionnelle !
« Le monde qu’il avait construit, patiemment, avec chaleur, est détruit, réduit à n’être plus qu’un souvenir ».
Dans ce témoignage, je tente de distinguer les souffrances manifestes, des souffrances psychiques cachées pour ensuite parler des souffrances psychiques que je considère comme destructrices.
Parmi les souffrances manifestes, physiques, on trouve les symptômes récurrents qui ne sont que très rarement associés à l'électrosensibilité : insomnies, maux de tête, difficulté de concentration, problèmes d'élocution, baisse ou hausse de tension, acouphènes, contractures musculaires, douleurs articulaires et osseuses, arythmie cardiaque, problèmes digestifs, maux de ventre, difficulté à marcher, maladies de la peau, ...
Mais il y a des souffrances cachées, que l'EHS garde souvent pour lui, parfois sans le savoir, et/ou pour tenter de faire bonne figure, de tenir et de résister.
Il se dit que tout va bien malgré tout et il prend un cachet pour dormir. Mais il ne dort pas. Il fait des efforts de concentration inouïs et se plante pourtant. Il est max-sympa avec tout le monde. Mais, il a des absences et n'arrive plus à parler. Alors, il fait semblant de rien et se dit qu'il est fatigué et qu'il n'a pas bien dormi. Et, il est de plus en plus mal à l'aise, de plus en plus décalé dans les relations.
L'EHS tente de se convaincre qu'il peut vivre comme tout le monde, il se refuse parfois à faire le lien avec une intolérance aux ondes, soit parce qu'il ne le sait pas, soit parce qu'il ne veut pas le savoir. Il peut aussi le savoir et refuser de l'admettre.
Et nous en venons à parler des souffrances destructrices.
Puis, sans s'en rendre compte, il devient irascible, avec un comportement que l'on caractérise de mauvais caractère, colérique, absent, en retrait de toute relation.
Quoiqu'il fasse la souffrance parait. Elle parait parce que l'EHS souffre. Il a mal et son humeur n'est pas bonne. Les relations ne sont plus possibles, soit du fait de l'expression d'un excès d'humeur, ou, au contraire, du fait d'un retrait.
Les conséquences directes sont l'éloignement social, la perte d'emploi, les relations difficiles, voire impossibles avec les administrations, avec les services de santé. L'hôpital n'est plus envisageable, pas même pour une visite.
Et toutes les autres conséquences ? La souffrance engendre encore des souffrances.
Il en résulte, pour l'EHS, le sentiment de non-existence avec des ruptures sociales, familiales et professionnelles. L'EHS est alors vu comme « un emmerdeur », s'il s'exprime. Il en vient à harceler ses voisins, sa famille, ...
Pour lui, tout porteur de portable est vu comme un bourreau.
Mais, aux yeux de la justice, c'est lui l'imposteur. Il subit l'éloignement voire l'éclatement de la famille, l'éloignement de ses enfants.
Il peut devenir l'objet de plaintes pour harcèlement et cela peut aller jusqu'à la mise à l'écart, voire le suivi en psychiatrie.
L'EHS est souvent un être sensible, intelligent et empathique. Le monde qu'il avait construit, patiemment, avec chaleur, est détruit, réduit à n'être qu'un souvenir.
Un souvenir lointain pour lui, EHS, le temps où il pouvait se mouvoir, entreprendre, être. Avec le temps, il se sent enfermé dans une boite au milieu des ondes hostiles.
On le fréquente de moins en moins parce que, chez lui, il faut éteindre le portable, il n'y a pas de wifi, pas d'électricité. Il vit la plupart du temps loin du monde, en forêt. Il est vu comme marginal, voire « malade psychique ».
A aucun moment sa souffrance n'est à la bonne place. Son corps est détruit par les ondes, son cerveau est massacré, son appareil digestif crie au scandale, les ondes le perforent, l'anéantissent...
2022 - Etude de la fondation ABBE PIERRE sur les situations de précarité de personnes électrohypersensibles.
EXPLORATION HABITAT(S) PRÉCAIRE(S) : REGARD SUR LA SITUATION DE MÉNAGES INVISIBLES EN AUVERGNE-RHÔNE-ALPES - 2022" Depuis 2017, l’agence régionale est alertée directement par le développement de situations de mal-logement de personnes isolées sur des territoires plus ruraux. Ces alertes émanent d’acteurs associatifs présents sur les territoires (intervenant en matière de lutte contre l’habitat indigne notamment), témoins de situations complexes, isolées et non traitées, ou bien de sollicitations directes à l’agence régionale de la Fondation Abbé Pierre par des personnes concernées ou leurs proches démunis qui font appel faute d’issues concrètes pour améliorer les choses. Ces alertes concernent des personnes isolées en caravane ou en abri construit mais ne répondant pas aux normes de l’habitat pour bénéficier d’aides de sortie de la lutte contre l’habitat indigne, avec des problématiques concrètes et fondamentales (accès à l’eau, mode de chauffage, autorisation d’installation etc.), des familles en situation d’expulsion et/ou de perte d’habitat et en recherche d’un point de chute (communauté des gens du voyage, situations d’électrohypersensibilité etc.). "
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